Gratusse, l’éphémère.

7 mois déjà que la belle a retrouvé sa liberté.
Plus le temps passe et plus l’angoisse monte de ne plus la revoir dans son état naturel.


A chaque passage sur le pont de Couze, je ne peux m’empêcher de ralentir et de jeter un coup
d’œil à droite, à gauche, quitte à me faire klaxonner par un impatient.
C’est aussi pour me rassurer qu’elle va bien,

qu’elle ne souffre pas d’une pollution visuelle due à une entreprise en amont comme cela est déjà arrivé.
J’ai aussi mes repères qui me décident de foncer sur le net pour voir si le niveau permet de tenter une escapade pour la retrouver là-haut.

Depuis le pont de Couze, la partie aval.

La sortie de la Couze avec ses vestiges industriels.


Quand la retenue sera pleine, l’eau sera au niveau du plat de la marche
la plus haute. La bande enherbée sera noyée.

La partie amont avec tout en haut, le pont de
Lalinde et en dessous de lui, le fameux ” Saut de la Gratusse”.

Le saut de la Gratusse est la plus belle portion de cette retenue. L’ami Didier vous en a fait une description sur son blog juste après “l’incident” du barrage de Tuilières. Sur le forum de Gobages.com, je vous ai tenu informé des évènements de cet accident.

Maintenant nous savons que la retenue sera remise en eau à mon plus grand désespoir mais comme la sacro-sainte rentabilité prime plus que la préservation environnementale. Argent ; un mot puissant et destructeur…Pour me torturer un peu plus, allons voir d’un peu plus près ce saut.

La première chose qui frappe est la végétation qui reprend ses droits. Après l’accident, ses berges étaient désolation, grises, nues, trempées…
La roche calcaire a retrouvé ses couleurs chaudes et les mouvements d’eau ainsi que les averses ont fini de laver les restes de boues.

Panoramique du saut de la Gratusse.

La marche qui est à l’origine de la légende du
Coulobre et tant redoutée des gabariers.

L’ancien port des gabariers avec un beau pool.


A l’époque, c’était sans doute aussi bon que dans certaines rivières d’Alaska vu les archives qui en témoignent.

A l’aval du saut, on retrouve le pont de Couze.

Le long des berges on peut observer de nombreuses sources où l’été les salmonidés viennent prendre le frais et chercher un peu d’oxygène. Ils en paieront les frais et se retrouveront au milieu d’une table familiale car certains autochtones connaissent bien celles-ci. Dernièrement, Didier m’a rapporté avoir trouvé des cordeaux très certainement posés par des employés de la papeterie ; c’est une tradition qui perdure.


Il n’y a pas que des choses poétiques, c’est l’occasion de se rendre à l’évidence qu’une retenue peut aussi servir de décharge.

Quand l’ancien se mêle au moderne.

Et puis l’envie fut la plus forte, je n’ai pas pu résister d’y tremper mes pieds, pour mieux la toucher, la sentir, pour que sa vie résonne en mon corps, une sorte de
communion en fait. J’espère qu’elle comprend que je compatis à sa souffrance qui dure déjà depuis trop longtemps.


Un moment d’échanges révélateurs.

Les écrits, c’est bien. Les photos, un bon complément et la vidéo, encore mieux. Voici un lien
pour mieux vous rendre compte, comme si vous y étiez, avec le son.
Ecoutez le chant de la belle, cette vie, ce milan qui passe et sans pollution sonore de véhicules.
Désolé, je n’ai pas trouvé le moyen de vous faire passer les odeurs.
Ce n’est pas d’une très bonne qualité, je l’ai filmé avec mon apn, mais ça donne une idée.

Un havre de paix pour se ressourcer :
http://video.google.com/videoplay?docid=-7845546546621395728&hl=fr


V
oilà, j’ai immortalisé ces moments de bonheur ou de peine, tout dépend comme on le voit.
Bonheur pour le moment mais éphémère car la grue est en phase de montage pour déposer les pelles du barrage.
Peine de voir, dans un horizon proche, noyer ce patrimoine écologique et historique pour une deuxième fois par des irresponsables qui se disent respectueux de l’environnement.

Ah ! Dernière chose !
J’espère que vous ne le répèterez pas ; j’ai bravé l’interdiction préfectorale et je me
suis rendu coupable d’avoir parcouru une zone dangereuse. 😉

Quelques liens pour compléter.

La légende du Coulobre : http://www.lalinde.net/Lalinde/Pages/coulobre.php
Un conte de Daniel LHOMOND ; enfant du pays : http://membres.lycos.fr/delbru/promotion/legende/lhomcol.htm

Les gabares : http://www.gabarres.com/fr/histo3.htm

10 commentaires.

  1. Tout simplement magnifique..
    Elle est aussi belle à ce niveau qu’à Souillac ou à Vitrac.;; bon dieu de Barrage!!
    On aura eu au moins la chance de la connaitre “au naturel”.:-(
    Matt

  2. Que tu en parles bien de TA Dordogne Sussu !!!!
    c vrai qu’on a du mal a comprendre comment les pouvoirs publics peuvent la laisser se faire assassiner ainsi

  3. On sent vraiment que ta passion est sincère…car une si belle riviere merite bien ce beau reportage

  4. superbe sussu, je lirai le comte ce soir.
    beaucoup d’émotion ds tes textes et photos.
    merci à toi.

  5. J’ai senti une grande douceur dans tes écrits, calmes et apaisants, j’ai comme écouter la rivière….
    Merci Sussu.

  6. Je ne sais pas si j’aurai le temps de connaitre ce lieu avant sa re(dé)construction, mais ça fait plaisir comme tu le racontes

  7. Merci Jean-Louis pour ce bon moment passé,je suis sûr qu’il y aurait eu des Aloses sur ce pool.Tu as bien fait d’immortaliser ce si bel endroit car une fois de plus,EDF va nous en priver.
    Ah….!!!EDF,j’aime pas beaucoup ces trois lettres.Et les contes de Daniel LHOMOND,sa voix exceptionnelle est vraiment caractéristique de chez nous…ça me rappele toujours le petit film qu’il y a à l’ascenseur de Tuilières!
    Encore merci Sussu.
    Niko.

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